Patrick Laurin dans Espace Montréal !

Patrick Laurin dans Espace Montréal ! 4 novembre 2025

Retour au bureau…c’est reparti!

S’il y a un sujet polarisant ces jours-ci au sein des entreprises, c’est celui du retour des employés au bureau à trois, quatre ou même cinq jours semaine. Une directive de plus en plus prescrite par les dirigeants et dirigeantes des grandes organisations.

Cinq ans après avoir vu le travail à distance prendre confortablement racine partout en occident (gracieuseté de la Covid-19), les Amazon, JP Morgan, Google, Microsoft, Starbucks, y compris les banques canadiennes (Banque Royale du Canada, la Banque Scotia et BMO) exigent désormais une présence plus accrue de leurs employés au bureau.

Le gouvernement de l'Ontario a, lui aussi, décrété un retour au bureau pour la fonction publique provinciale cinq jours semaine, dès janvier prochain. Une politique qui s’applique également à l’attention des organismes qui y sont rattachés.

Nous aussi, chez Avison Young, on emboîte le pas. Depuis la mi-septembre, nous demandons à nos 85 employés de revenir travailler au bureau cinq jours semaine, plutôt que trois.

Le marché immobilier le ressent

Cette tendance, nos courtiers la ressentent fortement ces jours-ci. Pour la première fois depuis 2019, le marché immobilier commercial du Grand Montréal enregistre une absorption positive. Selon eux, le retour au bureau entraîne un resserrement au sein des immeubles, particulièrement ceux des catégories A du centre-ville. Pour preuve, de juin 2024 à juin 2025, le taux de disponibilité de ce type d’immeubles est passé de 19,6 % à 17,6 %.

Et parce que la formule hybride d’un à trois jours semaine semble être remise en question par plusieurs entreprises, notamment celles du secteur des finances, tout porte à croire que cette baisse va se poursuivre au cours des prochains mois. Depuis le début de l’année, le pourcentage de l’espace total disponible offert en sous-location est en baisse de 6 % pour la catégorie Prestige et de 2,4 % pour la catégorie A.

Dans les faits, ces diminutions en termes d’options de location s’expliquent en grande partie par une nouvelle offre limitée, et par la conversion ou encore la démolition, surtout au centre-ville, d’une partie de l’inventaire.

Un marché actif

Parce que le marché locatif reprend du galon, et que les taux d’emprunt sont meilleurs, on assiste également au retour des investisseurs. Jusqu’à tout récemment, les transactions immobilières en matière de tours à bureaux se limitaient à des actifs sous-performant acquis en deçà du coût de remplacement, dans un but de repositionnement ou de densification.

Or, la vente du 1200 McGill College et l’arrivée sur le marché de la Tour Deloitte sur le marché des transactions lancent un tout autre signal. Le 1200 McGill College, acquis par KingsettCapital au coût de 100,65 millions de dollars (M$) (soit 286 $ / pi2), marque même un retour des fonds institutionnels au sein du marché. D’ailleurs, depuis un an, la valeur des transactions impliquant des espaces de bureaux a grimpé de près de 50 %.

Les acteurs privés locaux sont, eux aussi, actifs, comme en témoigne l’acquisition du complexe Place Laval, au coût de 72 M$ par l’investisseur Luc Poirier. En somme, plusieurs immeubles du centre-ville, qui totalisent plus de 3,4 millions de pieds carrés d’espaces bureau, sont aussi à vendre ou sur le point de changer de mains. Toutes ces activités démontrent que les investisseurs de l’immobilier commercial anticipent, eux aussi, une forte tendance à l’égard du retour au bureau.

Pourquoi une telle décision ?

Malgré tous les avantages de la technologie numérique, force est de constater qu’il est impossible de faire transcender la culture d’une entreprise via un écran.

Plusieurs dirigeants croient qu’un environnement de travail commun demeure le meilleur endroit pour former et stimuler adéquatement les membres d’une équipe. C’est au sein de l’entreprise que les recrues peuvent mieux s’initier aux processus, aux façons de faire, à la vision et surtout à la culture des entreprises.

C’est en entreprise que les recrues peuvent également apprendre à mieux connaître qui sont leurs meilleurs alliés et qui sont leurs meilleurs mentors afin d’évoluer au sein de leur industrie. C’est aussi au sein d’un environnement de travail commun que se produisent des discussions spontanées dans l’ascenseur et le développement des relations professionnelles entre collègues.

C’est également en entreprise que l’on inculque plus facilement la prise de responsabilité à chacun des membres de ses équipes. Dans une période où l’économie se tend, où la productivité et l’efficacité de chacun des membres de l’équipe deviennent primordiales pour le bon fonctionnement de l’entreprise, il est plus facile de gérer les flux de travail et la responsabilisation lorsque tout le monde est au même endroit.

Une tâche colossale

La tâche ne s’annonce pas facile. Les gens ont goûté aux avantages du télétravail. Pas de transport matin et soir; pas de code vestimentaire à respecter; l’opportunité de vaquer à des tâches quotidiennes de la maison entre deux rendez-vous Teams…le retour au bureau risque de bouleverser le quotidien de nombreux employés.

Certains devront réaménager leur horaire au quotidien, notamment les parents avec de jeunes enfants, ou encore ceux qui agissent comme proches aidants. Certains employés ont peut-être même déménagé à l’extérieur des grands centres, les éloignant, du coup, de leur entreprise. Il faut aussi composer avec les employés de la génération Z. Certains d’entre eux ont peut-être obtenu leur diplôme à distance, et par conséquent, n’ont jamais connu ce que c’est la vie de bureau à temps plein.

D’où les raisons de créer un environnement dynamique et motivant pour faciliter le retour au bureau.

Une politique claire pour tout le monde

Par contre, le retour au bureau doit bénéficier d’une politique claire qui s’adresse à tous les employés. Si l’entreprise souhaite l’adhésion de tous, le message ne peut pas s’adresser qu’aux subalternes. Tous les membres de la direction doivent, eux aussi, être présents au travail au même titre que leurs employés. C’est une condition sine qua non.

La mise en œuvre de cette politique ne peut pas, non plus, s’improviser en quelques jours. Au sein de notre agence à Montréal, nous préparons nos troupes depuis le début de l’été à ce retour au bureau. Depuis déjà plusieurs semaines que les membres de la direction partagent notre vision auprès de nos différentes équipes.

Il est important de bien comprendre l’impact potentiel qu’aura une telle directive sur l’ensemble des troupes. À quoi s’attendent les employés ? De quoi auront-ils besoin pour travailler à nouveau en présentiel ? Qu’est-ce qui faciliterait leur vie lors de la transition ?

En fait, à titre de dirigeant, nous devons faire en sorte que les équipes se sentent impliqués dans la décision. Il faut être en mesure de communiquer en toute franchise et sincérité, les raisons pour lesquelles cette transition s'inscrit dans la vision à long terme de l'entreprise, pourquoi il est important de travailler sous un même toit. C’est la clé.

Des conditions gagnantes

Il n’existe pas de recette magique pour réussir son retour au bureau. Chaque entreprise est différente, chacune présente des besoins d’espaces propres à ses activités d’affaires. Toutefois, à titre d’experts en immobilier, nous demeurons convaincus que certaines initiatives peuvent en faciliter le processus.

L’une d’elles est de s’assurer que l’espace bureau offre réellement les avantages du travail en équipe, et non pas un environnement où se poursuivent les réunions Zoom individuelles. Déjà avant la pandémie, plusieurs de nos clients commençaient à multiplier l’aménagement de salles de réunions et d’espaces café pour favoriser la collaboration et les échanges spontanés. Ce type d’environnement prend encore plus de sens aujourd’hui.

Garnir l’agenda de formations, d’activités collaboratives, de sessions de consolidation d’équipes, de lunch-conférences et autres activités pour stimuler la carrière, fait aussi partie des avantages que l’on a tout intérêt à mettre de l’avant pour favoriser le retour au bureau. Nos équipes constatent déjà sur le terrain que plusieurs gestionnaires d’immeubles du centre-ville se mettent de la partie et veulent améliorer l’expérience au sein de leurs immeubles. Certains organisent des pauses yoga, des BBQ et autres types d’activités. De plus en plus de gestionnaires bonifient leurs immeubles de services tels que la conciergerie, des centres de conférences, la location de bureaux temporaires, des lieux d’échanges, des services de réception de colis, etc. Des initiatives que l’on ne voyait pas, ou très peu, avant la pandémie à l’endroit des locataires.

Des espaces modernes et flexibles

Plusieurs entreprises ont aussi profité de la pandémie pour revoir et moderniser leurs espaces afin de rendre leur environnement de travail plus agréable et stimulant. Ces nouveaux aménagements augmentent les chances d’obtenir l’adhésion des employés. On le voit chez nos clients et nos partenaires d’affaires qui ont investi pour revitaliser leur milieu de travail. Le retour au bureau est bien entamé.

Nous aussi, nous nous sommes préparés à un éventuel retour au bureau. Nous avons déménagé. Il y a deux ans, nous avons quitté nos anciens locaux du boulevard René-Lévesque pour emménager au 1801, avenue McGill College.

Nous constatons que les entreprises, et surtout leurs employés, apprécient la flexibilité des espaces et les aménagements qui profitent à leur bien-être. D’ailleurs, de plus en plus d’immeubles au centre-ville proposent un gymnase, des casiers pour permettre aux employés de loger leur vélo, des douches, y compris des espaces événementiels, incluant des terrasses extérieures.

Mieux vaut être proactif

Enfin, quelles que soient les positions des entreprises et des employés en matière de retour au bureau, ce mouvement est bel et bien enclenché…et il promet déjà beaucoup d’action au sein de l’immobilier commercial dans les mois à venir. En fait, si la tendance actuelle se maintient, les entreprises qui souhaitent réussir leur retour au bureau devront être proactives. Surtout si elles veulent bénéficier des meilleurs espaces disponibles.


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Patrick Laurin
Associé, Directeur général, Québec
Responsable des Solutions corporatives, Québec
Courtier immobilier agréé DA